Le 26 avril 2026, Bloomberg révélait que Goldman Sachs avait démantelé la quasi-totalité de son équipe de recherche en informatique quantique. Motif : ses propres chercheurs ont conclu qu'il faudrait un algorithme tournant pendant des millions d'années sur une machine dotée d'au moins 8 millions de qubits logiques pour résoudre un seul problème de portefeuille, alors que les machines actuelles plafonnent à moins de 100. Le même jour, JPMorgan Chase confirmait maintenir une équipe de plus de 50 physiciens, mathématiciens et informaticiens dédiée à l'exploration quantique. Ce schisme entre les deux plus grandes banques de Wall Street est le symptôme le plus spectaculaire d'une recomposition stratégique qui traverse l'ensemble du secteur bancaire mondial.
Les faits
Le 26 avril 2026, Goldman Sachs a confirmé à Bloomberg le démantèlement de son équipe quantique interne. Trois ans plus tôt, la banque avait pourtant constitué une unité de recherche spécialisée, en partenariat avec Amazon, pour étudier l'impact des systèmes quantiques sur les rendements des clients fortunés. L'analyse interne a conclu que la résolution du problème visé requerrait un processeur d'au moins 8 millions de qubits logiques, soit plusieurs ordres de grandeur au-dessus des standards actuels, inférieurs à 100 qubits. Le programme a été emporté dans une vague plus large de réduction des coûts.[reference:0][reference:1]
À l'opposé, JPMorgan Chase a conservé et renforcé son équipe quantique. Dirigée par Rob Otter, responsable de la recherche en technologie appliquée, et Marco Pistoia, directeur de la recherche en ingénierie quantique, elle compte plus de 50 spécialistes. La banque a publié en mars 2025 une percée majeure dans la revue Nature : la première génération de nombres aléatoires certifiés sur un ordinateur quantique de Quantinuum, une avancée aux applications directes en cryptographie et en trading. Elle a également collaboré avec Quantinuum sur le processeur Helios pour accélérer le traitement de flux de données massifs, et avec Amazon Braket sur des algorithmes d'identification d'actifs décorrélés pour la diversification de portefeuille.[reference:2][reference:3][reference:4]
Le 25 septembre 2025, HSBC et IBM ont annoncé la première démonstration empirique mondiale de la valeur des ordinateurs quantiques pour le trading algorithmique obligataire. En utilisant des données réelles du marché des obligations d'entreprise européennes sur des processeurs IBM, le dispositif a livré jusqu'à 34 % d'amélioration dans la prédiction de la probabilité d'exécution d'une transaction, comparé aux méthodes classiques.[reference:5] Philip Intallura, responsable mondial des technologies quantiques chez HSBC, a déclaré : « C'est une première mondiale dans le trading obligataire. Cela signifie que nous avons un exemple concret de la façon dont les ordinateurs quantiques d'aujourd'hui pourraient résoudre un problème commercial réel à grande échelle et offrir un avantage concurrentiel. »[reference:6]
Le 7 avril 2026, Lloyds Banking Group a annoncé la conclusion de la première expérience connue d'utilisation d'un ordinateur quantique pour identifier des réseaux de « mules » financières. Menée avec IBM sur un processeur Quantum Heron de 156 qubits (152 utilisés), l'expérience a réussi à isoler une mule délibérément cachée dans un graphe transactionnel réel. Ron van Kemenade, COO de Lloyds, a souligné la nécessité « de repousser les frontières de la technologie pour protéger les clients ».[reference:7][reference:8]
Analyse stratégique : trois trajectoires divergentes
Le schisme Goldman-JPMorgan illustre une divergence fondamentale entre deux philosophies d'investissement technologique. Goldman Sachs a appliqué une grille de lecture de rentabilité immédiate à une technologie de rupture, concluant que le retour sur investissement à horizon visible était nul. JPMorgan a opté pour une logique d'option stratégique : le coût annuel d'une équipe de 50 chercheurs (quelques dizaines de millions de dollars) est négligeable au regard d'un bilan de 4 000 milliards de dollars, et le risque de ne pas être prêt le jour où la technologie basculera est jugé supérieur au coût de l'attente.[reference:9]
Cette divergence n'est pas isolée. Le secteur bancaire mondial se structure aujourd'hui autour de trois postures : les « bâtisseurs » (JPMorgan, HSBC, Barclays, BNP Paribas, BBVA), qui internalisent la recherche et nouent des partenariats avec IBM, Quantinuum ou Pasqal ; les « connecteurs » (UBS, Crédit Agricole, BMO, Citigroup), qui forment des analystes quantiques sans construire de département dédié ; et les « observateurs » (la majorité des banques régionales et mutualistes), qui diffèrent tout investissement significatif.[reference:10][reference:11]
La barrière à l'entrée n'est pas seulement technique, mais aussi humaine. Lloyds Banking Group a constitué un groupe de « Quantum Ambassadors », recrutant des physiciens, mathématiciens et informaticiens pour constituer un noyau de compétences internes. BMO est devenue en 2026 la première banque canadienne à rejoindre l'IBM Quantum Network. Le marché des talents quantiques, estimé à quelques milliers de personnes dans le monde, est déjà en situation de pénurie structurelle.[reference:12][reference:13]
Le front cryptographique : la menace du « harvest now, decrypt later »
Le 13 janvier 2026, le G7 Cyber Expert Group a publié une feuille de route coordonnée pour la transition du secteur financier vers la cryptographie post-quantique (PQC). Le document recommande de prioriser la migration des systèmes critiques entre 2030 et 2032, et de finaliser la transition des systèmes non critiques d'ici 2035 environ.[reference:14] Le 11 mai 2026, le Quantum Technologies Working Group (QTWG) des banques centrales du G7, co-présidé par la Banque de France et la Bank of Canada, a publié son premier rapport, « Preparing for Quantum Technologies », qui identifie le risque d'« attaque rétroactive » (harvest now, decrypt later) comme une menace systémique justifiant une approche proactive.[reference:15][reference:16]
Concrètement, des données chiffrées aujourd'hui avec RSA ou ECC pourraient être collectées massivement par des acteurs malveillants, stockées, puis décryptées dans dix ou quinze ans lorsqu'un ordinateur quantique suffisamment puissant sera disponible. Pour les banques, qui conservent des données clients, des historiques de transactions et des secrets commerciaux sur des décennies, cette menace est existentielle. Le ministère indien des Finances a ainsi demandé aux banques publiques du pays d'explorer le chiffrement post-quantique dès 2026. Selon les estimations du secteur, les secteurs bancaire et télécoms indiens pourraient devoir dépenser chacun jusqu'à 2 000 crores de roupies (environ 220 millions d'euros) sur cinq à sept ans pour sécuriser leurs infrastructures.[reference:17]
Le marché : 0,49 milliard de dollars en 2026, 3,68 milliards en 2034
Selon Stratistics MRC, le marché mondial du quantum computing dans la finance est estimé à 0,49 milliard de dollars en 2026 et devrait atteindre 3,68 milliards de dollars d'ici 2034, avec un taux de croissance annuel composé de 28,5 %.[reference:18] Le rapport du World Economic Forum de juillet 2025, co-produit avec Accenture, estime que les cas d'usage du quantique dans les services financiers pourraient générer jusqu'à 622 milliards de dollars de valeur d'ici 2035.[reference:19]
La projection de 450 millions de dollars de dépenses du secteur financier en 2026, publiée par IQT Research dès 2021, est en passe d'être dépassée, portée par l'accélération des programmes de cryptographie post-quantique et par les premières applications en trading et en optimisation de portefeuille. Le modèle dominant est celui du Quantum Computing as a Service (QCaaS), qui permet aux banques d'accéder à la puissance de calcul quantique via le cloud sans investir dans des machines dont le coût unitaire dépasse plusieurs dizaines de millions de dollars.[reference:20][reference:21]
Ce qu'il faut retenir
- Goldman Sachs a démantelé son équipe quantique après avoir estimé qu'il faudrait 8 millions de qubits logiques pour résoudre un problème de portefeuille (Bloomberg, 26 avril 2026).
- JPMorgan Chase maintient une équipe de plus de 50 spécialistes et a publié dans Nature la première génération de nombres aléatoires certifiés sur ordinateur quantique (mars 2025).
- HSBC a démontré 34 % d'amélioration en prédiction de trading obligataire avec IBM, sur des données réelles du marché européen (septembre 2025).
- Lloyds Banking Group a conclu la première expérience de détection de réseaux de mules financières sur un processeur IBM Heron de 156 qubits (avril 2026).
- Le G7 CEG et le QTWG des banques centrales fixent 2030-2032 comme horizon prioritaire pour la migration vers la cryptographie post-quantique, et 2035 pour la transition complète.
- Le marché mondial du quantique dans la finance est estimé à 0,49 milliard de dollars en 2026, avec une projection de 3,68 milliards en 2034 (CAGR 28,5 %, Stratistics MRC).
La stratégie quantique des banques en 2026 ne se résume plus à une question de « si », mais de « quand » et de « comment ». Le retrait de Goldman Sachs n'est pas un désaveu de la technologie, mais le constat que le chemin vers la suprématie quantique pratique est plus long que ne l'anticipaient les plus optimistes. À l'inverse, les résultats tangibles de HSBC et les expériences de Lloyds démontrent que, même avec des machines bruyantes et limitées, des gains mesurables sont possibles. La vraie asymétrie stratégique n'est plus entre ceux qui investissent et ceux qui n'investissent pas, mais entre ceux qui auront formé leurs équipes, migré leur cryptographie et testé leurs premiers algorithmes avant que la technologie ne bascule, et ceux qui découvriront le quantique le jour où il sera devenu indispensable.